AVIS D'EXPERT - Les explications d'André Corman, sexologue et
andrologue, président du Syndicat national des médecins sexologu
es.
Peut-on soigner l'éjaculation prématurée ?
Ces vingt dernières années ont vu une avancée des connaissances
médicales basées sur des preuves concernant l'éjaculation prématurée
(EP). À l'heure de la sortie en France
du premier médicament à avoir une autorisation de mise sur le marché (AMM) dans le traitement de l'EP, voyons ce qu'il en est de ce problème et de son traitement.
L'EP est la
dysfonction sexuelle masculine
la plus fréquente. Elle touche environ un tiers des hommes à divers
moments de leur vie, sans grande variation selon l'âge et les
continents. De nombreuses études ont mis en évidence qu'elle entraînait
une très importante souffrance chez l'homme bien sûr, mais aussi chez la
partenaire et le couple. L'EP a un très fort impact sur la qualité de
vie des hommes en général, en particulier sur la satisfaction sexuelle
qui est très diminuée. L'EP retentit aussi très fortement sur la
confiance en soi et l'estime de soi.
Ce problème impacte aussi sur la
sexualité
féminine. Du reste, les hommes souffrant d'EP éprouvent souvent une
immense culpabilité vis-à-vis de leur partenaire. Des difficultés de
communication peuvent apparaître dans le couple tant les deux
partenaires ont du mal à aborder le problème: la femme parce qu'elle a
peur de plonger son homme dans une anxiété d'échec, de lui faire de la
peine et de le vexer et l'homme parce qu'il choisit plutôt le déni et
l'évitement. Les rapports sexuels s'espacent («tu vas encore éjaculer
trop vite, à quoi bon essayer?»), ce qui augmente davantage la rapidité
de l'éjaculation et peut entraîner le couple dans une crise.
Forte angoisse de performance
Elle
est définie ainsi par la Société internationale de médecine sexuelle:
l'EP est une dysfonction sexuelle masculine caractérisée par une
éjaculation qui survient toujours ou presque toujours avant ou au plus
environ une minute après la pénétration vaginale, par une incapacité à
retarder l'éjaculation lors de toutes ou presque toutes les pénétrations
vaginales et par des conséquences négatives personnelles, telles que
souffrance, tracas, frustration et/ou évitement de l'intimité sexuelle.
On distingue deux principales formes cliniques: l'EP primaire où
l'éjaculation est très rapide, suivant de peu ou parfois précédant la
pénétration, quasi systématique pour tous les rapports sexuels, avec
toutes les partenaires, depuis le début de l'activité sexuelle.
Concrètement, le plus fréquemment, ce sont des hommes, essentiellement
jeunes et inexpérimentés, éprouvant une forte angoisse de performance.
Ils ont moins de 30 ans, et ils ont un manque d'apprentissage évident.
Ces jeunes hommes ont souvent une masturbation culpabilisée, et ils sont
habitués à décharger rapidement leurs tensions par masturbation.
L'EP
secondaire survenant après une période de vie sexuelle où l'éjaculation
ne posait pas de problème. Ce changement peut être dû à des événements
de vie retentissant sur la vie intime (par exemple l'arrivée d'un
enfant), à des problèmes d'ordre psychologique, relationnel ou médical.
Dans ce cas, c'est souvent lié à un trouble de l'érection (l'homme
recherche alors une excitation maximale pour obtenir et maintenir une
érection qu'il a peur de perdre et, de ce fait, il précipite la survenue
de son éjaculation).
À côté de ces deux principales formes
cliniques, il y a aussi des hommes se plaignant alors que tout est
normal au niveau de leur délai d'éjaculation. Ce sont des hommes ayant
en tête des performances déconnectées de la réalité sexuelle. Peut-être
faut-il chercher du côté de la pornographie avec ses acteurs
«éjaculateurs retardés ou anéjaculateurs». Dans ce sens, les films X
entraîneraient une pression de conformité à une norme imaginaire.
Toutes
les recherches effectuées mettent en exergue deux dimensions permettant
d'expliquer cette pathologie. La première est sexologique et l'autre
neurochimique.
- La dimension sexologique est basée sur un manque
d'habiletés sexuelles permettant de gérer l'excitation. Concrètement, le
patient ne peut pas conserver son excitation à des niveaux inférieurs à
celui qui déclenche le réflexe éjaculatoire et il est alors incapable
de prolonger la durée de la pénétration.
- La dimension
neurochimique est basée sur des travaux concernant le rôle clé d'un
neuromédiateur cérébral: la sérotonine. L'EP serait liée au fait que
l'on ne trouve pas suffisamment de sérotonine active dans les espaces
intersynaptiques.
Thérapie comportementale
La prise en
charge thérapeutique de l'EP dérive de ces deux dimensions. Bien sûr,
ses modalités sont variables selon les individus et les situations mais,
le plus souvent, l'EP répondra à un traitement combiné, associant une
thérapie sexologique à un traitement pharmacologique.
Plusieurs
sexothérapies comportementales existent visant à faire acquérir au
patient des habiletés dans sa chorégraphie sexuelle lui permettant de
moduler son excitation. Les protocoles les plus classiques sont le «stop
and go» ou «arrêt-départ» (le principe est de décomposer l'excitation
en paliers et de s'arrêter à ces paliers), les compressions ou «squeeze»
(le principe est d'enseigner à l'homme, par différentes compressions, à
faire diminuer son excitation alors qu'il est sur le point d'éjaculer)
et la thérapie sexofonctionnelle (le principe est de gérer l'intensité
de la stimulation que l'homme reçoit et les modifications entraînées par
l'excitation notamment la respiration et les tensions musculaires).
Le
traitement pharmacologique repose sur l'utilisation d'un inhibiteur de
la recapture de la sérotonine qui permet d'avoir une efficacité rapide
sur le symptôme utile pour motiver le patient, indispensable en cas d'EP
sévère (moins d'une minute) pour mettre en place une possibilité
d'acquisitions d'habiletés ou lorsque le couple est en crise et à la
demande d'un résultat rapide.
Chaque patient souffrant d'une EP a
la possibilité de la soigner. Pour cela, il doit dépasser la gêne et la
honte à consulter. L'EP est le plus souvent une pathologie qui concerne
le couple et l'inclusion de la partenaire dans la démarche de soins est
le plus souvent utile. Chaque patient doit pouvoir bénéficier d'une
éducation psychosexuelle de base. Le praticien dispose aujourd'hui de
différents traitements et peut offrir à chaque patient et à chaque
couple une intervention psychosexologique appropriée, seule ou en
complément d'une pharmacothéra